Innovation & Numérique
Transformation numérique, essor de la Fintech et souveraineté technologique du continent.
Innovation et transformation numérique
Chapitre 5 : Innovation et transformation numérique
5.1. L'écosystème tech africain : un essor contrasté
La transformation numérique est l'un des leviers les plus puissants pour le développement de l'Afrique au XXIe siècle. Elle offre au continent une opportunité historique de "saut technologique" (leapfrogging), lui permettant de combler une partie de son retard en matière d'infrastructures et de services en adoptant directement des solutions innovantes. L'écosystème des start-ups numériques africaines est d'ailleurs en plein essor, affichant l'une des croissances les plus rapides au monde, comme le souligne un rapport de la Société Financière Internationale (IFC). Cette vitalité se traduit par l'émergence de pôles d'innovation dans des villes comme Lagos, Nairobi, Le Cap ou Kigali, et par la présence de 13 pays africains dans le top 100 mondial des meilleurs écosystèmes de start-ups en 2025.
Cependant, cet essor est marqué par de profondes disparités. La croissance est géographiquement concentrée, principalement dans quelques pays anglophones. L'Afrique francophone subsaharienne peine à suivre le rythme, ne captant que 10 à 15 % des investissements technologiques sur le continent en 2024. Cette situation risque de créer une fracture numérique au sein même de l'Afrique, accentuant les inégalités de développement entre les régions.
Les levées de fonds, bien qu'en croissance tendancielle, connaissent également une certaine volatilité. Après des années d'euphorie, le début de l'année 2024 a été marqué par un ralentissement, signe d'une plus grande sélectivité des investisseurs dans un contexte économique mondial plus tendu. L'écosystème africain arrive à un stade de maturité où la preuve de la rentabilité et de la viabilité des modèles économiques devient primordiale.
5.2. Les défis structurels de l'innovation
Malgré son dynamisme, l'écosystème de l'innovation en Afrique reste confronté à des défis structurels majeurs qui freinent son plein potentiel. Le premier d'entre eux est la faiblesse de la cohésion des écosystèmes, particulièrement en Afrique francophone. Un rapport d'Ernst & Young souligne la nécessité de restructurer ces écosystèmes pour qu'ils restent compétitifs, en renforçant les liens entre les start-ups, les universités, les grands groupes, les investisseurs et les pouvoirs publics.
Le financement demeure le nerf de la guerre. Si les phases d'amorçage sont de mieux en mieux financées, l'accès au capital pour les phases de croissance (séries A, B, C) reste un goulot d'étranglement. Les fonds de capital-risque locaux sont encore peu nombreux et sous-capitalisés, et les investisseurs internationaux restent souvent frileux ou concentrés sur un petit nombre de marchés.
Les infrastructures numériques, bien qu'en amélioration, restent insuffisantes et coûteuses dans de nombreuses régions, limitant la pénétration d'internet et l'accès aux services numériques. Enfin, le manque de talents qualifiés dans les métiers du numérique (développeurs, data scientists, experts en cybersécurité) et la "fuite des cerveaux" vers l'Europe ou l'Amérique du Nord constituent un frein majeur au développement d'une industrie technologique locale robuste et autonome.
5.3. Les secteurs d'innovation stratégiques
L'innovation technologique en Afrique se distingue par sa capacité à apporter des réponses concrètes aux défis locaux. Plusieurs secteurs stratégiques se démarquent par leur potentiel de transformation :
- La Fintech (technologie financière) : C'est le secteur le plus dynamique et le mieux financé. Les solutions de paiement mobile, de micro-crédit et d'assurance numérique permettent de bancariser des millions de personnes exclues du système financier traditionnel, stimulant ainsi l'inclusion financière et le commerce.
- L'Agritech (technologie agricole) : Des applications mobiles fournissant des informations météorologiques aux agriculteurs aux plateformes de mise en relation avec les marchés, en passant par les solutions de financement agricole, l'Agritech a le potentiel de révolutionner le secteur agricole, d'améliorer la productivité et de renforcer la sécurité alimentaire.
- La Healthtech (technologie de la santé) : La télémédecine, les carnets de santé numériques et les plateformes de gestion des chaînes d'approvisionnement en médicaments permettent de pallier le manque de personnel et d'infrastructures de santé, en améliorant l'accès aux soins pour les populations rurales et isolées.
- L'Edtech (technologie de l'éducation) : Les plateformes d'apprentissage en ligne et les contenus éducatifs numériques offrent une solution pour améliorer la qualité de l'éducation et développer la formation professionnelle à grande échelle, en réponse aux besoins massifs du continent.
- La Cleantech (technologie propre) : Face aux défis climatiques, les start-ups africaines développent des solutions innovantes dans les domaines de l'accès à l'énergie solaire hors réseau, de la gestion des déchets ou de la mobilité durable.
5.4. Les initiatives françaises pour l'innovation africaine
La France a pris la mesure de l'importance stratégique de l'innovation en Afrique et a lancé plusieurs initiatives pour soutenir cet écosystème. La plus emblématique est Choose Africa, lancée en 2018 par le Groupe Agence Française de Développement (AFD). Cette initiative a dépassé ses objectifs initiaux en engageant 3 milliards d'euros entre 2018 et 2022, au bénéfice de plus de 26 000 start-ups et PME africaines. Forte de ce succès, une deuxième phase, "Choose Africa 2", a été lancée pour la période 2023-2027, avec l'ambition de renforcer encore ce soutien au secteur privé africain.
Le sommet Ambition Africa, qui se tient régulièrement à Paris, est un autre pilier de cette stratégie. Il vise à renforcer les liens commerciaux et les partenariats technologiques entre les entreprises françaises et africaines, en mettant l'accent sur l'innovation et les secteurs d'avenir.
Au-delà de ces initiatives phares, la France soutient également des projets plus ciblés, comme le Digital for Development (D4D) Hub, qui vise à promouvoir l'interopérabilité des systèmes de paiement mobile et à renforcer le commerce numérique en Afrique. Des partenariats stratégiques sont également noués entre des entreprises françaises et africaines pour accélérer la transformation digitale, comme celui annoncé entre Intalio et Manaika Consulting.
5.5. Propositions stratégiques - Innovation
Pour renforcer l'impact de la coopération franco-africaine dans le domaine de l'innovation, les axes d'action suivants sont proposés :
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Renforcer les hubs d'innovation franco-africains : Créer un réseau de hubs technologiques mixtes dans les capitales africaines et en France, servant de ponts entre les écosystèmes. Ces lieux devraient faciliter les co-créations, le partage de compétences et l'accès aux marchés respectifs.
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Faciliter l'accès au capital-risque : Abonder un fonds de fonds franco-africain dédié à l'amorçage et à la croissance des start-ups africaines, en encourageant les co-investissements entre fonds de capital-risque français et africains. Simplifier également les réglementations pour permettre aux start-ups africaines de se financer plus facilement auprès d'investisseurs européens.
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Développer des programmes de "Tech for Good" : Lancer de grands défis d'innovation dotés de financements significatifs sur des thématiques prioritaires (climat, santé, éducation, agriculture) pour faire émerger des solutions à grande échelle et renforcer l'impact social et environnemental de la technologie.
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Soutenir la formation aux métiers du numérique : Mettre en place un programme de bourses et de formations certifiantes à grande échelle, en partenariat avec des écoles de code africaines et françaises, pour former des dizaines de milliers de jeunes Africains aux compétences numériques les plus demandées sur le marché du travail.
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Promouvoir la souveraineté numérique africaine : Soutenir le développement d'infrastructures de données locales (data centers) et la mise en place de cadres réglementaires sur la protection des données inspirés des meilleures pratiques internationales, afin de garantir que la transformation numérique de l'Afrique bénéficie en premier lieu à ses citoyens et à ses entreprises.
Chiffres Clés
3 Mds €
Engagés par Choose Africa (2018-2022)
13 Pays
Dans le Top 100 mondial des écosystèmes
10-15%
Part de l'Afrique francophone dans les investissements tech
Proposition Phare
Créer un réseau de 10 « Hubs Franco-Africains d'Innovation » d'ici 2030 pour accompagner 1 000 start-ups.