Migrations & Mobilité
Mobilité circulaire, diaspora comme levier de développement et changement de narratif.
Migrations et mobilité
Chapitre 7 : Migrations et mobilité
7.1. Réalités et dynamiques migratoires
La question migratoire est souvent l'un des sujets les plus sensibles et les plus mal compris des relations entre l'Afrique et l'Europe. Contrairement aux idées reçues qui saturent le débat public en Europe, la grande majorité des migrations africaines sont intra-continentales. Plus de 80 % des migrants africains ne quittent pas le continent, se déplaçant principalement vers les pôles économiques régionaux (Afrique du Sud, Côte d'Ivoire, Nigeria) ou fuyant des zones de conflit vers les pays voisins.
Cependant, les migrations vers l'Europe, bien que minoritaires en volume, constituent un enjeu politique et humain majeur. Elles sont motivées par un faisceau complexe de facteurs : la recherche d'opportunités économiques, l'instabilité politique, les conflits et, de plus en plus, les conséquences du changement climatique. Les routes migratoires sont dangereuses, souvent mortelles, et alimentent des réseaux de trafic d'êtres humains qui exploitent la détresse des migrants.
Les tendances pour 2025 et au-delà indiquent une persistance, voire une intensification de ces flux, si les causes profondes ne sont pas traitées. L'instabilité au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, combinée aux chocs climatiques, continuera de pousser des populations sur les routes de l'exil. Parallèlement, la demande de main-d'œuvre dans une Europe vieillissante crée un appel d'air structurel pour les travailleurs africains, qualifiés ou non.
7.2. Politiques migratoires et tensions
La réponse de l'Europe et de la France à ces défis a longtemps oscillé entre une approche sécuritaire, visant à "maîtriser les flux" et à externaliser le contrôle des frontières, et une approche de développement, visant à traiter les "causes profondes" de la migration. Le Pacte européen sur la migration et l'asile, ainsi que les nombreux accords bilatéraux de réadmission, témoignent de cette volonté de contrôle.
Cependant, cette approche sécuritaire montre ses limites. Elle a souvent conduit à une militarisation des frontières, à des violations des droits humains et à une détérioration des relations avec les pays de transit et d'origine, qui se sentent instrumentalisés. La conditionnalité de l'aide au développement à la coopération en matière migratoire est particulièrement mal perçue par les partenaires africains, qui y voient une atteinte à leur souveraineté et un chantage inacceptable.
Le débat sur les visas est emblématique de ces tensions. La politique restrictive de délivrance de visas par la France ces dernières années, notamment au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, a suscité une profonde incompréhension et un ressentiment durable au sein des populations, y compris parmi les élites francophiles, les étudiants et les acteurs économiques, qui se sentent rejetés par un pays dont ils partagent souvent la langue et la culture.
7.3. La diaspora comme levier de développement
Au-delà des tensions, la migration est aussi un formidable levier de développement. La diaspora africaine en France et en Europe joue un rôle économique crucial. Les transferts de fonds de la diaspora vers l'Afrique (remises migratoires) dépassent largement l'aide publique au développement et les investissements directs étrangers pour de nombreux pays. Ces fonds soutiennent la consommation des ménages, financent l'éducation et la santé, et contribuent à l'investissement dans les petites entreprises.
Mais l'apport de la diaspora ne se limite pas à l'argent. Elle est aussi un vecteur de transfert de compétences, de technologies et d'idées. Les "repats", ces membres de la diaspora qui choisissent de rentrer entreprendre en Afrique, apportent avec eux des savoir-faire acquis à l'étranger et des réseaux internationaux. Ils sont des ponts vivants entre les deux continents.
Reconnaître et valoriser ce rôle est essentiel. Des initiatives comme le Conseil Présidentiel pour l'Afrique ou le Pass Africa visent à soutenir les entrepreneurs de la diaspora. Cependant, il reste beaucoup à faire pour faciliter la mobilité circulaire, permettre la bi-bancarisation et réduire les coûts des transferts de fonds, qui restent parmi les plus élevés au monde vers l'Afrique.
7.4. Propositions stratégiques - Migrations
Pour sortir de l'impasse actuelle et construire une gouvernance apaisée et mutuellement bénéfique des mobilités, les orientations suivantes sont proposées :
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Changer de narratif sur la migration : Promouvoir un discours politique courageux qui reconnaît la réalité des besoins de main-d'œuvre en Europe et les bénéfices de la migration régulière, tout en luttant fermement contre l'immigration irrégulière et les réseaux de passeurs.
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Mettre en place des voies légales de migration (migration circulaire) : Développer des partenariats "talents" ambitieux avec les pays africains, permettant à des travailleurs qualifiés et non qualifiés de venir travailler en France pour des durées déterminées, avec des garanties de retour et de réintégration. Cela répondrait aux besoins des secteurs en tension en France (santé, restauration, BTP) tout en offrant des opportunités à la jeunesse africaine.
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Créer un visa "Talents Afrique" : Instaurer un visa spécifique, souple et rapide, pour les entrepreneurs, les chercheurs, les artistes et les créateurs africains, afin de faciliter leur circulation et de renforcer les liens économiques et culturels.
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Réduire les coûts des transferts de fonds : Fixer un objectif ambitieux de réduction des frais de transfert vers l'Afrique à moins de 3 % (contre 8-10 % actuellement), en favorisant la concurrence et l'utilisation des technologies numériques.
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Découpler l'aide au développement de la gestion migratoire : Mettre fin à la conditionnalité de l'aide, qui est contre-productive, et privilégier une coopération basée sur des intérêts partagés en matière de développement et de sécurité.
Chiffres Clés
> 80%
Des migrations africaines sont intra-continentales
1er
Source de financement externe (Transferts diaspora > APD)
Proposition Phare
Créer un programme « Visas Talents Afrique » (50 000 visas/an) pour entrepreneurs, chercheurs et créateurs.