Sécurité & Gouvernance
Vers une souveraineté sécuritaire africaine : analyse de l'APSA et transformation du dispositif militaire français.
Architecture de Sécurité et Gouvernance
Chapitre 8 : L'Union Africaine et l'Architecture de Paix et de Sécurité (APSA)
8.1. L'APSA : un cadre ambitieux mais fragile
L'Union Africaine (UA) s'est dotée, depuis sa création en 2002, d'une Architecture Africaine de Paix et de Sécurité (APSA) ambitieuse. Ce dispositif vise à fournir au continent les moyens de prévenir, gérer et résoudre ses propres conflits, selon le principe "solutions africaines aux problèmes africains". L'APSA repose sur plusieurs piliers, dont le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS), la Force Africaine en Attente (FAA), le Groupe des Sages et le Fonds pour la Paix.
Malgré des progrès notables, notamment dans le déploiement de missions de maintien de la paix (comme l'AMISOM en Somalie), l'APSA souffre de faiblesses structurelles persistantes. La dépendance financière vis-à-vis des partenaires extérieurs (Union Européenne, Nations Unies) reste massive, limitant l'autonomie stratégique de l'UA. La Force Africaine en Attente, conçue pour intervenir rapidement en cas de crise, peine à devenir pleinement opérationnelle en raison de problèmes logistiques, financiers et de volonté politique des États membres.
De plus, la coordination entre l'UA et les Communautés Économiques Régionales (CEDEAO, SADC, CEEAC), qui sont les piliers régionaux de l'architecture, reste parfois difficile, marquée par des chevauchements de mandats et des rivalités institutionnelles.
8.2. Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) face aux nouvelles menaces
Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) est l'organe décisionnel permanent de l'UA pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Composé de 15 États membres élus, il joue un rôle central dans la diplomatie préventive et l'autorisation des missions de paix. Cependant, le CPS est confronté à une mutation profonde de la nature des conflits sur le continent.
Aux guerres interétatiques traditionnelles se sont substitués des conflits asymétriques, impliquant des groupes armés non étatiques, des réseaux terroristes transnationaux et des trafiquants. L'instabilité politique, marquée par le retour des coups d'État militaires en Afrique de l'Ouest et centrale, pose également un défi majeur à la doctrine de l'UA sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Le CPS peine parfois à imposer ses décisions et à faire respecter ses sanctions, face à des régimes qui jouent sur les divisions internationales pour se maintenir au pouvoir.
Chapitre 9 : Questions sécuritaires et militaires
9.1. La fin du modèle d'intervention directe
L'époque des interventions militaires directes de la France en Afrique, sur le modèle des opérations Serval ou Barkhane, semble révolue. Ces opérations, bien qu'ayant obtenu des succès tactiques initiaux, ont montré leurs limites stratégiques et politiques. Elles ont alimenté un sentiment d'occupation, servi de prétexte à la propagande djihadiste et n'ont pas permis de restaurer l'autorité des États partenaires dans les zones contestées.
Le retrait du Sahel marque donc un tournant doctrinal majeur. La France s'oriente désormais vers une posture de "partenaire en soutien", plus discrète et plus agile. Il ne s'agit plus de faire la guerre à la place des armées africaines, mais de les aider à monter en puissance à travers la formation, le renseignement, la logistique et la fourniture d'équipements. Cette approche vise à responsabiliser les partenaires locaux et à éviter l'exposition politique de la France.
9.2. La réorganisation du dispositif militaire français
Cette nouvelle doctrine se traduit par une réorganisation profonde du dispositif militaire français sur le continent. Les bases traditionnelles (Sénégal, Côte d'Ivoire, Gabon, Tchad) voient leurs effectifs réduits et leurs missions redéfinies. Elles ont vocation à devenir des pôles de formation et de coopération conjoints, cogérés avec les armées nationales, voire ouverts à d'autres partenaires européens.
L'objectif est de réduire la "visibilité" de la présence militaire française tout en maintenant une capacité d'appui stratégique. Cette transformation est complexe à mettre en œuvre, car elle nécessite de rassurer les alliés historiques qui craignent un désengagement, tout en répondant aux aspirations de souveraineté des opinions publiques.
9.3. Propositions stratégiques - Sécurité
Pour accompagner cette transition vers une architecture de sécurité plus autonome et plus efficace, les axes suivants sont proposés :
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Soutenir l'opérationnalisation de l'APSA : Apporter un appui financier et technique ciblé aux organes de l'Union Africaine, en privilégiant le financement pérenne des opérations de paix africaines via les contributions obligatoires de l'ONU, une position que la France défend au Conseil de Sécurité.
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Renforcer la coopération en matière de renseignement et de cyberdéfense : Face aux menaces asymétriques, le partage de renseignement et la protection des infrastructures numériques sont cruciaux. La France peut apporter une expertise précieuse dans ces domaines.
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Privilégier la formation et l'équipement des armées nationales : Concentrer l'effort militaire sur les Écoles Nationales à Vocation Régionale (ENVR) et sur des programmes de formation adaptés aux besoins spécifiques des armées africaines (lutte contre les IED, logistique, commandement).
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Promouvoir une approche globale de la sécurité : Réaffirmer que la réponse au terrorisme ne peut être uniquement militaire. Elle doit s'accompagner d'efforts massifs en matière de développement, de gouvernance, de justice et de retour des services de l'État dans les zones fragiles.
Points Clés
APSA
Architecture Africaine de Paix et de Sécurité : le cadre de référence.
Menaces Asymétriques
Terrorisme, cybercriminalité, trafics : les nouveaux défis.
Changement de Doctrine
Passage d'une logique d'intervention directe à une logique de « partenaire en soutien » (formation, renseignement, logistique).